"C'était mieux avant" de Michel Serres

Un expert de plus !
Petit livre distrayant et rapide à lire. Un peu tout de même dans la catégorie profitons de notre notoriété acquise par ailleurs pour éditer un recueil sommaire des banalités qui nous tiennent à cœur. Une revue hâtive et un peu décousue des méfaits d’antan à l’usage des jeunes générations qui n’en auraient pas eu connaissance. Et qui persisteront dans leur ignorance, car elles ne doivent pas massivement lire Michel Serres. Lister les monstres du passé (d’autant mieux identifiés comme tels qu’il y a le recul nécessaire) peut aussi aider à estomper les monstruosités du présent, qui peuvent prendre bien d’autres formes. Toujours difficile d’avoir la lucidité de se dire qu’y avoir été ne suffit pas du tout à s’autoproclamer expert, comme énoncé en quatre de couverture. La question difficile serait d’estimer s’il y a autant de pire que de mieux. Mais ça ne se quantifie pas comme ça. Bon, le vieux sage qui nous rassure en nous disant que ça ne va pas si mal quand on est probablement en voie de rentrer dans le mur, c’est toujours sympathique…
Éditions le Pommier, 2017
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( 27/09/17 )


"La grande vie" de Jean-Pierre Martinet

La grande vie, ainsi intitulée par dérision, mais pas seulement, est une histoire courte, grandiose et dérangeante. On y retrouve, comme chez Albert Cossery, cette idée insoupçonnée de ceux du haut de l’échelle, que la vraie vie existe à tous les étages. Contre les imbéciles qui estiment que dans une gare, à côté d’hommes qui ont réussi, on rencontre des gens qui ne sont rien, une petite histoire décapante pour nous rappeler que grandeur et médiocrité ne sont pas incompatibles. Petit livre de chair, de sang, de désespoir, de puissance amère. Un petit texte, qu’il serait dommage de n’avoir pas lu, et qui permet de plus de découvrir ce grand auteur éphémère que fut Jean-Pierre Martinet …
Édition « L’Arbre vengeur », 2017 (texte de 1979)
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( 20/09/17 )


" Le royaume " d'Emmanuel Carrère

« Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres », nous conseille l'auteur p. 597 (je jure que je suis arrivé jusque là). Eh bien non, je n’aime pas du tout M. Carrère (je sais bien qu’il s’en remettra…) tel qu’il se dévoile à travers cette logorrhée égocentrique, dégoulinante, profondément malhonnête. Il y a ici et là de jolies trouvailles littéraires, il arrive que ce soit drôle, parfois volontairement, parfois sans doute non. Par exemple, p. 305 : « On est presque surpris que l’affaire Jésus, si obscure qu’elle ait pu être, échappe à la vigilance de Josèphe… ». Mais oui, justement, la vigilance de Josèphe. On est donc presque étonné. Enfin, pour tout athée qui désire garder placidité, on peut toujours relire les fondamentaux, Prosper Alfaric (Jésus a-t-il existé ?), Bertrand Russell (Pourquoi je ne suis pas chrétien)., ce ne sont pas les bonnes lectures qui manquent...
Folio, 2016
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( 24/01/17 )




" Catch me if you can " de Franck Abagnale

Ou comment donner allure sympathique au mépris profond qu’on a des gens. Et surtout comment en faire un « best seller ».
Qu’on a donc plaisir à lire les exploits extraordinaires d’un jeune escroc, apparemment aussi plein de charme que de culot… C’est notre fantasme « Arsène Lupin ». D’autant que l’auteur prend soin de bien nous préciser qu’il ne porte jamais tort (ou rarement) à des particuliers. Du moment qu’il nous l’assure.
Après, si l’on reprend lucidité, on commence à se dire qu’il a dû en blesser grandement (au minimum moralement) plus d’un(e). Puis, deuxième niveau, soupçonner qu’il n’y a pas de raison que le lecteur soit le seul à ne pas se faire escroquer. Qu’il se paye notre tête comme il s’est payé celle des autres. Il semblerait d’ailleurs qu’il en ait plus ou moins convenu par ailleurs ultérieurement. Enfin, comme il le dit à peu près, si les gens sont assez naïfs pour se faire avoir, c’est bien fait pour eux.
Ensuite, une fois le premier fric légal encaissé, ça se termine hors livre en repenti qui retourne sa veste. Cet homme est en effet devenu fort riche en fondant une agence de lutte contre les fraudes, et il conseille à l’occasion le FBI. C’est sans doute ce que les américains appellent un happy end, mais qu’on pourrait être tenté de nommer autrement…
Mainstream Publishing, 2003
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( 25/03/14 )