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Clement Rosset

philosophe français né en 1939 : présentation sur wikipédia

L'école du réel

(promenade en biais d'un livre)

"Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre le réel (...)"
(Le réel et son double)

" (...) Il s'agit bien là de la forme la plus cruelle de nostalgie : d'une paradoxale nostalgie du présent, qui se languit non de voir revenir ce qui fut ou survenir ce qui pourrait être, mais simplement de voir advenir ce qui est."

"Il n'y a pas un autre monde. Il n'y a même pas ce monde-ci." (Cioran, cité par Rosset)

"Tout passionné est en délicatesse avec le réel (...). Les modes de reconversion dans l'irréel sont aussi variés que nombreux, et la passion n'en est qu'un parmi une infinité d'autres."

"Notre relation à ce qui nous est proche est depuis toujours émoussée et sans vigueur. Car le chemin des choses propres, pour nous autres hommes, est de tout temps le plus long, et pour cette raison le plus difficile" (Heidegger, cité par Rosset)

   

      "Ce qui est vrai de la photographie n'est-il d'ailleurs pas vrai de toute tentative de saisie perceptive ? On a vu que la photographie, le cinéma, le voyeurisme, ne réussissaient pas à traquer l'objet qui, sous une forme ou une autre, les préoccupe : le réel. Il en va probablement de même du regard, du goût, du toucher, etc. Sans doute les sens profitent-ils, au passage, des objets dont ils ont la sensation présente. Mais ils ne peuvent s'emparer de ce qu'ils ne font que frôler plus ou moins brièvement. Les sensations ne dépendent pas de nous, c'est nous qui dépendons de nos sensations. Il est pratiquement impossible de reconvoquer une odeur ou une saveur goûtées dans le passé. Il est seulement possible de les reconnaître, souvent d'ailleurs non sans effort (comme dans le cas de la petite madeleine dont parle Proust au début de la Recherche), et seulement lorsque celles-ci, prenant pour ainsi dire les devants, nous font la «faveur » - pour reprendre le juste mot employé par Proust dans le passage cité - de revenir d'elles-mêmes s'offrir à notre perception : nous accordant alors une sorte de « seconde chance ».
    Que la sensation soit incapable de s'emparer de ce dont elle a la sensation n'est peut-être qu'un exemple d'une vérité plus générale : l'incapacité de l'homme à posséder quoi que ce soit. Je ne crois pas (ou du moins ne crois plus) à la formule célèbre de Pascal qui fait de l'homme un «prince dépossédé ». Prince, je ne sais. Mais certainement pas dépossédé : car il est inapte à la possession et n'a par conséquent jamais rien véritablement eu dont il puisse être privé. Ce qui, faut-il le préciser, n'arrange en rien ses affaires."

 

"Mais le présent est justement ce qui est non perçu, invisible, insupportable ; et c'est de très bonne foi que le meurtrier assure à la police qu'il n'a pas tué :  car le crime a eu lieu au présent - je n'y étais pas."

" Ce serait un moindre mal de mourir si l'on pouvait tenir pour assuré qu'on a du moins vécu. "

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