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Nouvelles et essais, par Julius Nicoladec

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Les dames d’argile d’Anne Foch Lerognon

L’atelier de La Germine à Coulanges-les-Nevers

Visiter l’atelier d’Anne Foch est une expérience saisissante. Avant même d’entrer, le visiteur reçoit avertissement préalable par la rencontre dans le jardin, ici d’une baigneuse engobée, là d’une imposante créature de terre. Ces dames, impressionnantes et apaisantes à la fois, bien qu’inanimées en première approximation, imposent une présence sereine plus prégnante que ne saurait le faire tout autre être vivant. Mais le plus impressionnant reste à venir. Une fois la porte poussée, on se trouve en effet d’un coup entouré d’une foule extraordinaire. Une majorité de femmes de terre, mais aussi des hommes et des enfants, seul(e)s ou en groupes, souvent émaillés et colorés, en tenues et attitudes diverses, toutes et tous de plus dotés d’un regard véritable. Il s’en dégage à la fois intensité et sérénité. Le visiteur se trouve alors plongé dans une version condensée et intensifiée de la diversité de l’humanité. D’une humanité qui ne tente pas de vouloir faire oublier, comme nous tentons vainement de le faire, qu’elle est directement issue de la terre.

Le parcours de l’artiste

Rennaise d’origine, Anne Foch, après obtention d’une maîtrise d’écologie à Lille, devient d’abord enseignante de biologie et de sciences naturelles. Elle va rapidement se tourner vers une formation artistique, essentiellement centrée sur le modelage et la sculpture. Son œuvre conservera la marque de cette formation initiale. C’est au Maroc qu’elle fit la découverte décisive de l’art des potiers marocains, qui donnera impulsion à sa vocation créatrice. Après une période dijonnaise, elle s’est installée près de Nevers. À partir d’une première exposition au Palais ducal de Nevers en 1991, elle expose ses œuvres depuis trente ans en de nombreux endroits de France, du Salon des Artistes français à Paris, à Lyon ou Nantes, Nevers, Dijon, Clermont-Ferrand, Nolay (Côte d’Or), où elle a été primée à deux reprises, dont le prix du public en 2019, mais aussi au Québec. Existent également des lieux permanents d’exposition, au Mont-Saint-Michel, à Saint-Rémy-de-Provence et à Versailles.

Corps et regards de terre

Les corps sont la source essentielle d’inspiration d’Anne Floch. Éventuellement en marbre de Carrare ou en bronze, mais le plus souvent en argile, en provenance notamment de Saint-Amand-en Puisaye. Après de premières sculptures assez académiques, le style est devenu plus personnel. Des thèmes plus précis se sont imposés, la mère, la femme « ronde », femme callipyge au postérieur harmonieux, aux formes plantureuses, la baigneuse, la cycliste, l’acrobate en recherche d’équilibre. Les hommes ne sont pas absents, le thème principal est cependant, hors des stéréotypes, le corps de la femme, dans sa diversité, en toutes tenues, en toutes positions. Assise, couchée, allaitante, au bain, en méditation, à plat ventre ou dressée, la femme en toutes déclinaisons. Si la dominante est à la femme physiquement « généreuse », comme on dit parfois, sensuelle, rassurante à la fois, elle peut toutefois devenir dansante ou de blanc vêtue, et même, par sa forme longiligne, laisser présager de possibles évolutions.
Puis s’est précisée « la vue de vies », représentant les attitudes et les expressions de gens dans la diversité de leur humanité présente, des migrants, des passants, ou simplement femmes et hommes en famille. Ces gens regardent, de manière généralement apaisante, souvent contemplative, toujours avec intensité. Ces êtres ne sont pas destinés à être exclusivement exposés en un lieu classique, telle une galerie. Ils ne prennent éventuellement leur pleine dimension qu’en situation, au potager, dans une friche, au bord de l’eau, sur le port, dans des lieux spécifiques qu’ils habitent, comme sur les bords des bassins du port de la Jonction à Decize. Il apparaît ainsi que, comme il en va pour tout vivant, et même pour tout être en général, la même œuvre prend expression différente selon son contexte. Il y a de plus intensification réciproque, car si la sculpture prend toute sa puissance et sa signification d’être en situation, l’espace qui l’entoure s’en trouve enrichi d’une nouvelle manière d’être.

Les techniques

Outre le procédé usuel, qui consiste en une première cuisson d’une douzaine d’heures à 1200 °C, suivie éventuellement d’un second passage au four pour émaillage, Anne utilise des techniques plus spécialisées, telle celle du Raku craquelé, méthode d’origine japonaise de cuisson et d’émaillage. Après seconde cuisson à 900 °C, les pièces sont retirées du four et plongées dans la sciure. Les pièces offrent alors un contraste étonnant entre brillance et caractère brut.

Le débouché inévitable vers une pratique sociale

Si l’amour des gens se manifeste chez Anne Floch par son travail de création et de mise en scène artistique, il se manifeste en prolongement par un engagement social et par une volonté de partage. Ainsi, outre ses interventions et animations au sein de l’éducation nationale, notamment à Nevers et Guérigny, elle accueille chaque semaine enfants et adultes dans son atelier de modelage de Coulanges-les-Nevers. Plus récemment, la création plastique s’est ouverte vers le numérique, par la réalisation de films d’animation à partir des personnages en terre modelée.

Pour en (sa)voir plus

Contact via Instagram : AnneFochLerognonSculptures
Pour une visite de l’atelier de La Germine à Coulanges-les-Nevers, prendre contact : alerognon@gmail.com.
Article de présentation du Journal du Centre : https://www.lejdc.fr/coulanges-les-nevers-58660/actualites/coup-de-projecteur-sur-anne-foch-lerognon-sculptrice_13773484/.

Julius NICOLADEC

La revue Florilège

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