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 musique

Nouvelles et essais, par Julius Nicoladec

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Claude PLACE, inventeur d’images à Neuilly,
dans la Nièvre.

Le voyageur.

Né à Lille en 1938, Claude Place a vocation d’explorateur. Son œuvre en porte la marque, des longs séjours en Amérique du Sud à son ancrage actuel en Bourgogne en passant par la Thaïlande.
Le parcours artistique est également itinérant, fréquentation de l’École des Arts appliqués de Beaune, de l’école de Décoration de Paris, participation au Groupe de recherche (GRI) dirigé par Pierre Schaeffer dans les années soixante dans le cadre de l’ORTF, assistant sur la célèbre émission « Dim, Dam, Dom », photographe indépendant publiant des reportages, notamment dans « Zoom » et dans « l’Écho des Savanes » dans les années soixante-dix, cameraman occasionnel pour FR3 Dijon, participant pour FR3 Marseille à la réalisation d’émissions dans les années quatre-vingt, « Attention Art Brut », « Béton charmeur », « Pour un art populaire ».
La cohérence de l’œuvre se manifeste à travers des expressions diverses : dessins au feutre, collages traditionnels, « Art’semblage » (collages en volume), sculptures composites, installations, photographies, compositions numériques imprimées sur papier photo, sur alu ou sur toile…
Citons également les « Contes à écrire ». À l’inverse de l’usage qui veut qu’on écrive une histoire avant de l’illustrer, le recueil propose des images, bariolées, fantasmagoriques, avec en regard de chacune une page de cahier à lignes vierges sur lesquelles il ne reste plus qu’à laisser divaguer son imagination pour créer le texte en s’inspirant de son illustration.
Claude Place participe et a participé à diverses expositions, personnelles et collectives, du salon du Collage à Paris à de nombreuses manifestations culturelles dans l’Yonne, l’Allier, la Nièvre.

Le collage

Cette pratique est fort loin de n’être qu’un simple gadget. Elle est même, que ce soit de manière avouée ou non, au cœur de toute création. Des activités aussi diverses que la fabrication de différents modèles d’un même appareil, l’écriture d’un roman, le montage d’un film, un catalogue de quoi que ce soit, une revue, en procèdent.
Il s’agit, pour Claude Place, partant de l’incomplétude ou du déséquilibre d’une image, non pas de juxtaposer arbitrairement des éléments disparates, mais d’obtenir une intégration telle qu’on se retrouve devant un nouvel ensemble indissociable, plus consistant que le document d’origine. Le travail qui y mène donne éventuellement naissance à des séries de compositions différentes à partir de la même photo de base. L’utilisation de matériaux auparavant épars étant le procédé même de toute démarche artistique, le collage, loin donc de pouvoir être relégué au statut de divertissement mineur, est à ce titre un moyen de création à part entière.

L’art brut

Claude Place se réclamera de cette notion, inventée par Jean Dubuffet, visant à recueillir et rassembler des objets « déclassés » de tous ordres, hors des traditions artistiques reconnues.
Selon un jeu de mots pertinent, « le rébus du rebut » est l’art de récupérer le réputé irrécupérable, visant la reconnaissance d’un être qu’on tendrait à ne plus reconnaître comme tel. à l’instar de sa grand-mère qui, ne se résignant pas à tenir pour non-existant ce qui n’a pas d’utilité officielle, avait même une boîte pour recueillir les « bouts de ficelle trop petits pour pouvoir servir », l’artiste récupère l’objet insolite, le hors circuit du droit à exister, le vestige de poupée désarticulée, et autres objets sans papiers d’identité valables. Par leur assemblage inattendu, il crée ainsi de nouveaux êtres hybrides.
C’est ainsi qu’il participe en 1981 à la production du film « Attention Art Brut », qui mène le spectateur de la naissance spontanée de l’Art Brut (nains de jardin, empilement de pierres...) jusqu’aux représentants majeurs : Picassiette, Facteur Cheval, Robert Tatin et Alain Bourbonnais de la Fabuloserie....

Les compositions numériques

La logique du collage prend une dimension nouvelle avec l’apparition des techniques informatiques. Les nouvelles possibilités offertes révolutionnent la création des images. L’écart important entre les fulgurations dont est capable l’imagination et le travail d’inscription dans le réel en quoi consiste la création véritable se trouve en effet considérablement réduit. Là où naguère la moindre tentative de superposition, de juxtaposition, de déformation ou de divagation à partir du matériau de départ demandait un effort fastidieux et chronophage pour être réalisée, d’immenses moyens techniques se trouvent désormais offerts au service de l’invention. Les possibilités créatrices s’en trouvent décuplées, stimulées de plus par la dimension ludique, jouissive même, qui leur est offerte.

Une kermesse surréaliste

L’extravagance créative peut alors réagencer les êtres ayant cours usuel, créant leur rencontre inattendue dans de nouvelles mises en scène que n’avait pas encore proposées le réel. Fantasmagorie autant que sublimation, ce redéploiement donne naissance, sous des formes variées et parfois surprenantes, à une œuvre luxuriante, haute en couleur. Recompositions stimulantes qui incitent le spectateur à reconsidérer sa vision usuelle de ce qui est.

Pour en savoir plus

Le site de l’artiste : http://www.claude-place.fr
Article du Journal du Centre : http://www.lejdc.fr/premery-58700/loisirs/le-photographe-claude-place-expose-ses-oeuvres-a-premery_13998901/
Vues d’une exposition en 2021 : http://www.galerie34-premery.fr/archives/2109place.php/

Pour changer de registre

Quelques textes un peu plus légers, et qui néanmoins valent le détour, à lire dans les recueils de nouvelles


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