nicoladec.fr

 

Les notes d'un pessimiste

Delphin-Antoine-Edmond Thiaudière (1837-1930) poète et romancier, pratiquait  également la nouvelle, le théâtre et le pamphlet politique.
                      Ami des animaux et anti-clérical (il semble y avoir une cohérence dans la position), il revendique une dimension philosophique de tonalité pessimiste autoproclamée, parfois assez proche d'une forme de nihilisme..
   Cependant, par ailleurs, il fonde, rédige et dirige à peu près seul une "Revue des idées nouvelles", aux prétentions assez encyclopédiques, autour du concept central de progrès, ce qui peut sembler  un peu paradoxal.
                                                        Pacifiste qui prône le recours à l'arbitrage plutôt qu'à la guerre, il conçoit en outre et avant l'heure à la fois  l'idée d'un parlement européen et celle d'une fédération méditerranéenne.
                                Sa philosophie s'exprime essentiellement en une douzaine de petits recueils, dont "la décevance du vrai" et "La proie du Néant", qui auront le même sous-titre sympathique, "Notes d'un pessimiste".
Des notations souvent judicieuses, parfois un peu disparates, avec, entre autres, une indulgence un peu inconsistante vis-à-vis de la religion, et un manque de recul un peu pompeux devant la belle phrase, la belle posture.
Reste néanmoins une belle lucidité devant l'absurdité de la vie : une liqueur vigoureuse qu'on ne peut recommander sans précautions ...


La décevance du vrai

" Il y a des formes à tout ; il n'y a de fond à rien."
(CCX)

"Penser comme un sceptique, agir ,comme un croyant."
(CCXVIII)

"Le gouvernement des choses humaines semble être donné en apanage par le Destin aux plus indignes"
(CCLXXXII)

" De tout temps les gredins implicites ont revendiqué pour eux le monopole de l'honnêteté et c'est même à ce trait qu'ils sont reconnaissables."
(CCCXV)

"On n'a de chance d'être heureux que si l'on commence par renoncer franchement au bonheur."
(CCCLXI)

"Ce qui a toujours le mieux réussi dans le monde c'est le médiocre avec des airs crânes."
(CCCCXVIII)

" Par ce que nous voyons de l'Univers nous sommes autorisés à dire que l'injustice en fait la trame."
(DCLXIX)

"Une grande âme se contente de la petite position, où l'a établie le hasard, et laisse assiéger et occuper les grandes positions par les petites âmes"
(CCCLXXXII)

"Tout ce qui égaie ou séduit les hommes, ce sont autant d'illusions qu'ils croient des réalités parce qu'ils les palpent ou s'imaginent les palper, mais si le spectre du vrai vient à leur apparaître, il les glace d'épouvante"
(CCXLVI)

"Même quand on nous dit spirituels, notre existence est en général très sottement remplie (...)"
(DCXCII)


La Proie du Néant

 

" La bêtise se met au premier rang pour être vue. L’intelligence se met en arrière pour voir. "

"Ce qui existe indubitablement c'est l'Univers, animal éternel et infini, éternellement et infiniment égoïste, qui se repaît de sa propre substance, jouit et souffre à la fois, de telle sorte que la jouissance et la douleur sont neutralisées en lui l'une par l'autre, se contemple et s'admire sans cesse dans tous ses mouvements, lesquels sont les modes d'expansion des choses visibles et invisibles, et ne prend pas plus de souci des êtres contingents qui se renouvellent en son être nécessaire que l'homme des cellules vitales composant son corps."

"Appelons, si vous voulez,
Dieu la synthèse des forces cosmiques,
et n'en parlons plus. "

"C'est une pudeur de cacher son vrai mérite à ceux qui ne le peuvent apprécier."

Au regard de la Nature, notre personnalité n'existe pas plus distinctement (quoiqu'elle dure un peu plus longtemps) que les étoiles de neige qui fondent en tombant. Nous ne sommes qu'un de ses jeux transitoires, une de ses combinaisons presque aussitôt anéanties que formées.

"II faut vraiment que l'homme ait une vanité bien décevante pour s'être imaginé que, sa naissance étant une réalité, sa mort ne sera qu'une apparence et qu'ayant commencé, il ne finira plus."

"II y a fort peu de gens d'esprit, mais beaucoup d'imbéciles subtils et l'on prend trop souvent les seconds pour les premiers. La grande différence consiste en ceci : un imbécile subtil peut trouver le trait fin ; l'homme d'esprit seul rencontre l'idée rare."

Caricature par Henri Demare

"Il y a quelque naïveté à se passionner pour quoi que ce soit."

"Faire ce qu'on veut serait trop beau ; c'est déjà bien joli quand on peut s'abstenir de faire ce qu'on ne veut pas."

"L'homme reste toute sa vie enfant, mais avec l'âge il va toujours changeant d'enfantillages."

"Le bon sens est pour chacun de nous le sens dans lequel il marche."

"Les imbéciles ont une force : c'est leur confiance imperturbable en eux-mêmes."
"Il y a deux espèces de sots : les sots offensifs, qui prétendent nous imposer leur soi-disant supériorité, et les sots inoffensifs, qui n'ont point la bosse de la domination. Dieu nous garde des premiers !"

"Nous ne pouvons faire un pas dans la rue sans rencontrer des gens qui, comme nous, vont à leur insu, par des chemins plus ou moins détournés, à leur propre enterrement."

Sommaire

nicoladec.fr