Julius Nicoladec, les nouvelles avant 2015

Séduction

Premier prix au concours 2014
de l'association "Envie de vous lire" de Viroflay.

" C’était pourtant un bien beau jeune homme. Dès l’abord, on ne pouvait qu’être subjugué par ses magnifiques yeux turquoise qui lui donnaient ce regard profond, l’air de pouvoir traverser toute l’épaisseur du monde. On se sentait alors dénudé jusqu’au vif de l’âme.  En contrepoint, une bouche dont les lèvres manifestaient avec élégance un équilibre subtil de séduction et de fermeté. Quant au nez, on hésitait à le nommer d’un nom si vulgaire… Une petite merveille, fine, racée, un peu plus long que de coutume, comme pour faire valoir la petite imperfection qui rend plus que parfait. De belles grandes mains, qui soulignaient avec grâce les nuances de ce qui avait lieu. Pour le reste, du petit muscle ferme, juste ce qu’il faut. L’ensemble était tout à fait irrésistible. Même les blasées et les blasés en ressentaient un petit pincement. Ajoutez à cela qu’il savait à l’occasion doser petite pointe de lyrisme et brin d’humour, c’était un véritable ravissement."

inclus dans le recueil "Petits écarts"

Chaperons et Camélias

Paru dans le n°45 de la revue Harfang, novembre 2014.

"- Marguerite, je n’aime pas trop que tu ailles là-bas toute seule. Il faut quand même se méfier. Mère-grand a l’air maintenant d’ une bonne vieille dame irréprochable, ça ne l’empêche pas de traîner derrière elle une sacrée réputation…
Violette Gautier était une boulangère devenue très austère depuis son veuvage. Elle faisait son boulot de vieille mère, elle mettait sa fille en garde contre les dangers. Ce n’est pas que la grand-mère aurait pu faire le moindre mal. D’ailleurs, elle adorait sa petite fille. Mais justement, elle était bien capable de penser bien faire en lui donnant les conseils les plus hasardeux sur comment devait se comporter une jeune fille. La gamine, elle, ne voyait pas du tout ce que ça pouvait être, une sacrée réputation. Un truc sacré qu’on traînait derrière soi, elle imaginait ça un peu comme une traîne de mariée. Elle en avait vu à la sortie de l’Église, c’était vraiment très classe. N’étant pas bien sûre que la question serait bien perçue, elle n’osait pas demander à sa mère si elle pourrait plus tard en traîner une, elle aussi, de sacrée réputation."

incluse dans le recueil "Livraisons de beurre à travers bois"

La robe rouge

Paru dans le recueil de nouvelles 2014 du salon du livre d'Attignat.

"Grosse panique. J'étais rentré avec une demi-heure d'avance. Le comptable avait fini plus tôt que prévu. Philippe, nous voyant occupés, était parti avant l'heure. Et là, chez moi, sur la table basse du petit salon, la robe rouge. Si encore elle avait l'air de sortir de l'armoire. Mais non, jetée là sans soin, dans l'urgence. J'avais sonné, pas de réponse. J'avais utilisé ma clé. Jeanne ne m'attendait pas si tôt. Au point de laisser cet objet démoniaque en désordre sur la table."

Achat au format liseuse Kindle (0,99€)
lecture d'un extrait

moebius

Monophonie 3:49

Paru dans le n°142 de la revue québécoise Moebius, octobre 2014.


"À l’origine, il y a eu d’abord l’envie (naïve) d’attenter à la rectitude politique ambiante qui nous interdit de dire que le roi est nu : le cynisme se porte mal et le ridicule triomphe. Se montrer ridicule sans que quiconque ait le droit de rire est devenu un droit citoyen.
Bien vite, cependant, cette idée de départ nous a paru trop restrictive, tant l’univers du ridicule se déployait, immense et multiforme, au fur et à mesure de l’élaboration de ce numéro. Il n’y a pas de frontière, pas de limite, pas de forme parfaite, pas d’entéléchie du ridicule qui ne pourrait être dépassée, comme le démontrent la variété, l’abondance et la qualité des textes. Mais ceux-ci ont en commun de tous nous conduire au même constat : bien que l’on souhaite généralement l’éviter, personne n’échappe au ridicule." (François Lepage)

"Case 5011, Conversation douce-amère pour occuper l’éternité"

Dans le recueil " Nouvelles du Père Lachaise" aux Editions du désir.

"Entre cendres de prestige, il nous arrive de nous entretenir avec nostalgie des temps anciens. Avant notre installation, Maria et moi-même, Régine, nous nous connaissions de vue, mais nous n’avions jamais été de grandes intimes. C’est souvent la règle quand on occupe le même créneau, et nous étions toutes deux sopranos de renommée internationale. Maintenant que nous demeurons non loin l’une de l’autre, c’est devenu une franche complicité. Nous fumes toutes deux d’inoubliables Tosca, nous fumes toutes deux vedettes à Bayreuth, ça crée des liens. Et nous avions eu d’autres passions communes. Nous laissions rarement un homme, surtout célèbre, se défiler sans nous avoir rendu hommage. Certains, demeurant non loin d’ici, en ont sûrement encore de chauds souvenirs."

Achat du recueil (14€)

Suivre ou ne pas suivre

Paru dans le n°153 de la revue Florilège, décembre 2013.

"Autant le « Je est un autre » du poète m’avait bouleversé, comme le font les évidences dont on découvre un jour qu’on les a toujours sues sans être jusque-là capable de les énoncer, autant le « Je pense, donc je suis » du philosophe m’était durablement resté abscons, pour ne pas dire moins."

Lauréat du concours de nouvelles n°41 de la revue.

incluse dans le recueil "Petits écarts"

Petit x

Paru dans le recueil 2014
du club auteurs Bourgogne des Editions Edilivre

Elle était là, sensiblement plus grande que d’habitude. L’incroyable pesanteur de sa présence renvoya d’un coup le reste du paysage à n’être plus qu’une vague image de fond irréelle. Une vieille formule absurde lui revint. "La vraie présence est toujours surnaturelle, le reste n’est que faire-semblant inconsistant."

"L'esperluette culbutée"

"La brunette avait une discordance de forme rédhibitoire. Un côté prétentieux lourdaud dans les hauteurs, mais si le regard glissait bas par découragement, lâcheté, ou autre sentiment malsain, on avait la surprise, vers l'entresol, de découvrir une zone inférieure d'une étonnante allure, fraiche et juvénile. Franchement, ça jurait. De la petite jambette rose de gamine, engageante, ni trop maigre ni trop forte, juste galbée à la perfection, un truc à faire divaguer votre esprit plus que de raison."

Achat de la nouvelle éditée par Edilivre (8€ )
également en vente sur les sites Chapitre et Fnac

Initiation

Avoir dix-huit ans, et découvrir que la limpidité n'est pas de ce monde...

"Un âge spécialement marqué. Par la loi, qui vous accorde d’un seul coup tout un tas de choses auxquelles vous n’aviez souvent même pas pensé, pour ne pas dire vous en afflige. Par les plus petits, qui vous contemplent désormais avec un regard soupçonneux, voire quelque peu méprisant, comme si vous étiez passé traitre. Par les plus grands, qui vous regardent d’un air inquiet, d’un air de se demander si vous n’allez pas en profiter désormais pour organiser votre vengeance."

Nouvelle primée au concours "Ecris-moi en Liberté 2012" de l'association Cholïambe d'Auxerre.

inclus dans le recueil "Petits écarts"

Chant d'automne

La vie, l'amour et Tchaïkovsky au rythme des saisons :
lettre d'une mère à sa fille.

"Ton père était de ces êtres rares et mystérieux, comme on ne peut rencontrer que peu d’exemplaires sa vie durant. Les pères d’automne, la logique le laisse supposer, et l’expérience le confirme, sont de loin les meilleurs. Le tien, le plus automnal qu’on puisse imaginer, avait, en sa fin de vie, deux passions et demi : la magnifique gamine que tu étais, et que tu es toujours, bien que moins gamine, et son piano. La moitié en plus était moi-même, ce qui me convenait fort bien, j’ai toujours préféré n’être qu’une demi passion."

Sélectionnée dans le recueil "Les quatre saisons"
de l'association "Art et Littérature" de Dijon.

Achat au format liseuse Kindle (0,99€)

Silence, on tourne...

Une belle fable éthico-politico-cosmique, niaise à souhait, mais si joliment édifiante...

"Alors notre bonne lune, pourtant réputée pour sa placidité, finit un jour par perdre patience. Une nuit de clair d’elle-même, puisqu’il n’y avait guère qu’à cette occasion qu’on daignait se calmer légèrement et y prêter attention, elle se permit une remarque à mi-voix. On a beau avoir goût du silence, il faut bien qu’un jour ou l’autre vérité se dise."

 

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