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René Descartes

René Descartes

français écrivant français et latin
1591-1650
première lecture conseillée :
"Discours de la méthode"

SA VIE

Né à La Haye, en Touraine, dans une famille noble, seigneur du Perron, il est élève au collège de jésuites de La Flèche de 1606 à 1614.  Il se plait surtout aux mathématiques. Licencié en droit, après quelques mois d'oisiveté, il s'engage dans la vie militaire pendant deux ans. Voyages en Italie. Rencontre beaucoup de politiques, scientifiques, philosophes. Il s’établit en Hollande en 1629. Mathématicien (géométrie analytique), physicien (optique), il débouche sur une interrogation philosophique en s’intéressant aux fondements du savoir. Il entreprend un Traité du monde, ouvrage qu'il renonce à publier, suite à la condamnation de Galilée en 1633. Il se décide en 1637 à en livrer trois extraits, qu'il accompagne d'une préface qui deviendra célèbre sous le titre de "Discours de la méthode". Il échange une correspondance importante avec la princesse palatine Elizabeth. Invité par la reine Christine de Suède en 1649, pour lui donner des leçons de philosophie, il meurt à Stockholm d'une pneumonie le 9 février 1650. Ses oeuvres sont écrites en latin et en français.

SON ŒUVRE

Son oeuvre a d'abord une prétention scientifique (repère cartésien, lois de l’optique classique). Si certains aspects ont vite été dépassés, d'autres font encore partie de la science moderne.
Dans le domaine philosophique, il écrit  " Le discours de la méthode", "Les méditations métaphysiques", "Le traité des passions de l’âme", "Principes de philosophie", "Règles pour la direction de l'esprit". Il existe également une très copieuse correspondance, notamment avec Elizabeth. 

INTRODUCTION A SA PHILOSOPHIE

1. La méthode

Pour Descartes, la vérité n'est plus simplement assurée par la parole du maître, c'est-à-dire, pour cette époque encore, Aristote. C'est le rejet de l'argument d'autorité. Chacun doit faire pour lui-même le travail de recherche de la vérité, avec comme instrument la raison commune à tout homme : "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" (Discours de la méthode). Comme tout travail, celui-ci exige une méthode. Elle consiste (cf. citation 1) en quatre règles. La première est celle de l'évidence : il faut sans précipitation et sans préjugé tenir pour vrai ce qui est clair et distinct. La seconde est celle de l'analyse : toute question complexe peut se diviser en questions plus simples, qui à leur tour encore...,  etc. La troisième est celle de la synthèse : il faut reconstruire la question initiale, avec toujours le souci d'y mettre un ordre. La troisième est celle du dénombrement : être sûr que l'on n'a rien oublié, ce qui fausserait le problème. Cette méthode est en quelque sorte le mode d'emploi de la raison.

2. Du doute au cogito

Le rejet de l'argument d'autorité peut nous mener à douter de tout : Aristote n'est, pas plus qu'aucun livre, une preuve en soi. Nos sens, quant à eux, nous trompent trop fréquemment pour que nous puissions les prendre comme fondement d'une quelconque vérité (voir l'exemple des bassines d'eau). Nous ne pouvons non plus nous fier aveuglément à un travail scientifique : qui, élève ou savant, ne s'est jamais trompé dans un exercice mathématique ? Qu'est-ce qui nous prouve, après tout, que nous ne sommes pas dans une sorte de rêve éveillé, puisque dans le rêve aussi, il nous arrive d'être très sûrs de ce qui arrive ? Nous pourrions aller jusqu'à douter de l'existence de notre corps, puisque celui-ci ne nous est connu que par nos sens, qui ne sont pas fiables. Il est donc possible de douter de tout.
        Mais ce doute n'est pas du tout du même état d'esprit que celui des sceptiques. Car ce dernier consiste en un refus définitif, une renonciation à la recherche d'une quelconque vérité. Le doute cartésien est un doute systématique, entrepris dans l'espoir de dégager justement quelque chose qui pourrait y échapper. C'est une sorte de contre-épreuve, dont le but est de dégager quelque chose d'indubitable.
        Il y a cependant quelque chose qui résiste au doute, sur quoi je ne peux pas me tromper, en imaginant même qu'un "malin génie" essayerait de m'induire en erreur, c'est le fait que, quelque soit la vérité ou la fausseté de mes contenus de pensée, quand je pense, je pense. L'acte de même de douter est indubitable, et me prouve avec une certitude absolue que j'existe au moins en tant qu'être pensant : "cogito, ergo sum (je pense, donc je suis)" (cf. citation 2).
        C'est une véritable révolution de pensée, caractéristique de l'esprit moderne, que de mettre le sujet pensant au fondement de toute vérité.

3. Le dualisme

Le cogito met en évidence ma propre existence en tant qu'être pensant. Mais il n'établit en lui-même rien de plus, ni sur l'existence de mon corps, ni sur celle des autres. Il faudra pour cela passer par l'existence de dieu (point suivant). Puisque l'expérience du cogito permet de mettre en évidence l'existence de mon esprit, sans faire référence à celle de mon corps, c'est qu'il s'agit de deux réalités différente.
        Je suis fondamentalement un esprit, doué d'un libre arbitre qui peut aussi bien accepter le vrai que le refuser (cf. citation 3). Je suis donc composé d'une part d'une substance pensante
        Mais le monde est par ailleurs, y compris en moi-même sous la forme de mon corps,composé de ce que nous appellerons une substance étendue, dont l'essence est d'être étendue dans l'espace. La nature, pure étendue, n'a donc aucun dynamisme propre, ce qui permet d'éliminer les notions aristotéliciennes d'acte, de puissance, de finalité, et d'en faire un pur mécanisme transparent à la raison, et entièrement appréhensible par le langage mathématique.
        A la différence des animaux, qui ne sont, selon Descartes, que des mécanismes au sein de la substance étendue (théorie dite des "animaux-machines"), l'homme est composé de deux substances, qui forment respectivement son âme et son corps. (voir point n° 5). On parlera donc d'un dualisme cartésien (par opposition, par exemple, au monisme de Spinoza).

4. La preuve de l'existence de dieu

A s'en tenir au "cogito", Descartes serait solipsiste (pour un solipsiste, la seule vérité vraiment attestée est celle de sa propre existence). C'est l'existence de dieu qui lui permet d'aller au delà de cette position.
        Parmi toutes les idées, vraies ou fausses, que je possède, il en est une qui a une position différente de celle des autres, celle de perfection, d'infini. En effet, moi qui suis fini et imparfait, n'ai pas pu tirer cette idée de moi-même, ni la recevoir d'un autre être fini qui aurait été incapable de me la donner. Elle ne peut donc provenir que d'un être infini et imparfait, qui existe donc nécessairement.
        Une autre argumentation, qui avait déjà été formulée par Anselme de Canterbury, est connue sous le nom d'argument ontologique. Rencontrant en moi l'idée de dieu comme un être parfait, il serait contradictoire de le penser comme non existant, car je penserais alors à un être parfait imparfait, puisqu'il lui manquerait la qualité principale, à savoir l'existence (Kant critiquera avec force ce raisonnement).
        Si dieu existe, il ne peut, en tant qu'être parfait, avoir voulu me tromper. Mes idées claires et distinctes sont donc garanties par la véracité divine. Ce n'est donc qu'à partir de la certitude de l'existence de dieu, que je puis avoir celle des autres et du monde en général.

5. Les passions

Le dualisme introduit une question difficile : comment pouvons-nous être deux choses en même temps, et quelle est la liaison entre ces deux choses ? Si l'homme, en tant qu'esprit, est liberté, il n'en reste pas moins que cet esprit, en tant que lié à un corps, en subit l'influence. Comme le terme revoie initialement à passif, au fait de subir, Descartes appelle passion tout ce que le corps détermine dans l'âme. Le traité sur les passions de l'âme se propose de régler les passions (et non de les supprimer), c'est-à-dire de trouver un équilibre harmonieux entre les esprits animaux qui relèvent du corps et les pensées qui relèvent de l'esprit.

CITATIONS

1. "(...) au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je pris une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.
    Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c'est à dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.
    Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.
    Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusques à la connaissance des plus composés; et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précédent point naturellement les uns les autres.
    Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre." (Discours de la méthode).

2. "(...)je me résolus de feindre que toutes les chose qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité: Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais." (Discours de la méthode).

3. "De façon que cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu'une perfection dans la volonté; car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est bon,  je ne serais jamais en peine de de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent".(Méditations métaphysiques).