L'incertitude
Citation

 

L'illusion

       Une illusion d'optique classique : Müller-Lyer.

Müller-Lyer

       Bien que les deux segments horizontaux soient de même longueur, celui de dessous nous paraît plus long. Il suffit de mesurer pour le vérifier. Mais même après cette vérification, la même erreur de perception subsiste. On peut aussi commencer une analyse des raisons de cette erreur. Il semble que nous soyons trompés par le fait que la ligne supérieure est encadrée de surfaces plus petites que celle du bas, du fait de la direction opposée des flèches, et que nous ayons tendance à conclure de la taille des surfaces à celle des lignes. Mais même une fois cette explication comprise, l'erreur de perception subsiste. Alors qu'il suffit généralement, ou en tout cas qu'il devrait suffire, de comprendre qu'on a fait une erreur pour la rectifier, nous avons ici un type d'erreur réfractaire à la rectification. C'est ce genre d'erreur persistante qu'on appelle illusion. Selon la définition donnée par Kant «est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l'objet supposé n'existe pas.» (Anthropologie, § 13).
       Des exemples classiques d'illusions des sens.
       Les hommes ayant perdus un membre peuvent continuer à y ressentir des sensations. Cette illusion est connue sous le nom d'illusion du bras fantôme. Elle prend une certaine importance si l'on considère que c'est principalement parce que nous le sentons que nous avons la certitude d'avoir un corps. Or le mutilé sent son corps là où il n'y a rien...
       Il suffit d'observer le soleil pour le voir tourner autour de la terre. Il suffit d'observer la nuit ce qu'on appelle la voûte céleste (l'aspect de voûte résultant lui-même d'une illusion d'optique) pour la voir tourner autour de la terre. Des connaissances en astronomie ne changent rien à cette illusion. Sous ce rapport, la conception aristotélicienne du monde est conforme à ce qu'on peut voir.
La lune semble plus petite au zénith (point le plus haut "au-dessus de la tête") qu'à l'horizon (illusion étudiée notamment par Malebranche (Recherche de la Vérité, Livre I, ch. VII, § III) et par Alain. De la même manière, le soleil paraît plus gros à l'horizon, comme au soleil couchant. On peut multiplier ces exemples, qui ont souvent servi à étayer les thèses prétendant disqualifier le "monde sensible".
       Mais il y a d'autres illusions que sensibles : l'illusion amoureuse par exemple, dont on peut dire au premier degré qu'elle idéalise la personne aimée, mais qu'il serait peut-être plus juste d'analyser comme l'invention fantasmée d'une personne largement imaginaire, avec comme support vague et approximatif l'existence l'individu réel. On peut sur ce sujet lire Freud, Lacan, et aussi Proust (Un amour de Swann).
       Spinoza dénonce l'illusion de liberté : "... les hommes se croient libres pour la seule raison qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés" (Éthique) .  Ainsi l'homme saoul ou le coléreux se croit-il libre de dire ce qu'il veut, pour la raison qu'il ignore les déterminismes physiologiques et psychologiques en jeu dans son attitude.
      Marx et Engels (L'idéologie allemande), montrent que la conscience s'illusionne quant à son autonomie, ignorant la genèse de ses représentations, issues des conditions de son inscription réelle dans le monde, et spécialement des conditions économiques : " La production des idées, des représentations et de la conscience est d'abord directement et intimement mêlée à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes...".
       L'existence de "choses" statiques, possédant une certaine permanence, peut être considérée comme une illusion due à notre rythme d'observation, la réalité étant celle d'un flux complexe et perpétuel, dans lequel rien de réellement séparé et stable ne demeure. Parménide constatait déjà que "tout s'écoule". Cette idée sera reprise par divers philosophes, Nietzsche notamment. A cela, Bergson ajoute le rôle du langage, de la vie sociale, qui nous font succomber à "l'illusion spatialisatrice du temps", nous amenant à figer ce qui n'est que moment passager du devenir. La chose ne serait qu'une sorte "d'arrêt sur image".
       Kant dénonce l'illusion de la métaphysique classique, qui s'imagine pouvoir atteindre une connaissance absolue et atteindre la " chose en soi". Cette "illusion   transcendantale", qui relève d'une "influence inaperçue de la sensibilité sur l'entendement", mérite une explication plus détaillée, que nous donnerons dans le chapitre sur la connaissance.
       Est-il juste de parler d'illusion des sens ? Les sens en effet ne font rien d'autre que de nous faire ressentir des sensations, celles-ci étant provoquées par des excitations appelées "stimuli" (au singulier stimulus). La sensation n'est ni vraie ni fausse, elle est simplement sentie. En elle-même, elle ne prétend rien sur la nature du stimulus. Celui qui voit des phosphènes ou qui entend des acouphènes ne se trompe pas. L'erreur ou l'illusion proviennent éventuellement ensuite de l'interprétation qui peut en être faite. Aucune illusion à voir des étoiles en se frottant les yeux, mais erreur, illusion ou hallucination si on l'interprète comme un message divin ou la révélation d'un au-delà. L'illusion serait donc plutôt affaire de jugement et d'entendement.
       Quelle part de construction plus ou moins consciente peut-il y avoir dans l'illusion ? On peut sans doute distinguer entre des illusions « naturelles » (Müller-Lyer, l'arc en ciel, le bâton plongé dans l'eau et qui paraît brisé, etc.), et des illusions  dont on voit bien qu'elles nécessitent un effort volontaire de construction de la part de celui qui la subit (dans le domaine de la religion, de la philosophie, de la politique, de l'amour, etc.).
       On peut aussi s'interroger sur l'utilisation volontaire de l'illusion. Ainsi faudrait-il s'interroger sur le statut des jeux (gendarme et voleur, jeux de rôles), des simulacres (bac blanc, cérémonies diverses), des spectacles (illusionnisme, cinéma, mais aussi « informations »). D'une manière générale, la question se pose de la complicité éventuelle de la victime de l'illusion. On revendique même parfois le droit de conserver ses illusions.  « On nous traite comme nous voulons être traités : nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. » (Pascal, Pensées, 11-100).
       L'illusion renvoie souvent à l'opposition désir / réalité. Tel est le cas manifeste des illusions amoureuses, religieuses, métaphysiques, politiques. Freud opposera le principe de plaisir auquel obéissent les processus inconscients et le principe de réalité que le conscient tente tant bien que mal de prendre en considération. La réalité est ce qui existe indépendamment de nous, que nous en soyons satisfaits ou non. Le désir est ce qui correspond à notre être « profond ». Il y a le plus souvent conflit entre les deux. La réalité n'est connue que difficilement, à travers des expériences souvent laborieuses, voire douloureuses. On ne l'accepte pas si facilement qu'on voudrait bien le faire croire, y compris à soi-même. On y préfère profondément le désir, qui est plus probant. Celui-ci est vécu immédiatement, avec force et évidence, même s'il se leurre éventuellement sur son but véritable : « D'ailleurs le réel n'a jamais intéressé personne » (Jean Baudrillard, De la séduction).
       Les désirs des uns n'étant pas nécessairement ceux des autres, il peut y avoir désaccord entre les hommes sur ce qui relève ou non de l'illusion. Qu'il s'agisse de l'immortalité de l'âme, de l'existence d'un dieu, ou de la recherche d'une société égalitaire, ce qui passe pour évidence pour les uns peut sembler à d'autres la pire des illusions. Il est certain que l'illusion des autres est toujours beaucoup plus clairement identifiable (exemple le gentil ridicule de l'amoureux vu du dehors). L'illusion a donc toujours tendance à être celle des autres : « Chacun n'excepte de l'illusion que sa propre fable. » (Auguste Comte, Catéchisme positiviste, 2ièmepartie, 5ième entretien).
       Faut-il combattre toute illusion ?  La question n'est pas si simple. Si la philosophie se veut recherche de la vérité, il semble évident qu'elle doive être fondamentalement décomposition des illusions. Et on peut dans une certaine mesure estimer que toute philosophie comporte nécessairement comme envers de son affirmation propre la dénonciation d'une illusion. Il semble cependant aussi évident que l'illusion puisse avoir un rôle objectivement positif. Que la mère prenne son enfant pour le plus beau bébé du monde est une illusion bien utile pour donner à l'enfant ce cadre inconditionnel dans lequel il va pouvoir construire son identité et sa confiance en soi. Plus polémique, il peut être judicieux de croire en l'immortalité de l'âme pour qui ne parvient pas à supporter la gratuité sans lendemain de la vie. Nietzsche écrit, dans Par delà le bien et le mal: "... les jugements les plus faux (...) sont pour nous les plus indispensables..." D'un autre côté, on peut penser que tout écart (forcément rêvé) au réel finit toujours par se payer, et parfois fort cher. D'où problème, dans le sens vu ci-dessous. On peut enfin ajouter que si la philosophie se veut critique d'illusions, sa démarche même peut en cacher de plus perfides.

Escher

         M.C. ESCHER, Mouvement perpétuel

Le doute libérateur

       On reproche couramment à la philosophie son incertitude, le fait qu'elle ne parvienne apparemment jamais à des résultats fiables et incontestés, en opposition avec l'efficacité scientifique. On peut se demander si ce type de reproche ne repose pas sur une méprise concernant l'objectif poursuivi. Il est vrai que l'attitude de certaines démarches philosophiques peut parfois porter à confusion, la philosophie n'échappant pas plus que d'autres disciplines à l'ambiguïté de ses intentions. Mais l'objectif initial n'est pas tant de conclure que d'ouvrir, à l'inverse des exigences qui sont souvent celles de la vie pratique.
       Les idées auxquelles nous tenons, nos opinions, sont souvent d'origine assez incertaine. Beaucoup de nos pensées ont été récoltées au hasard de nos rencontres, sans que notre réflexion personnelle y ait joué un grand rôle : préjugés issus du "sens commun", idées toutes faites colportées par les médias, croyances habituelles de son pays, son milieu social, sa religion, formant cet agglomérat parfois homogène, parfois inconsistant qu'on appelle idéologie. Tout cela, comme le dit Bertrand Russell, a grandi en nous "sans la coopération ni le consentement de la raison" (Problèmes de philosophie). On peut reprocher deux choses à ce tissu d'opinions : il tend à nous faire vivre dans un monde plus ou moins fictif (et nous retrouvons là le problème de l'illusion) qui n'a pas fait l'objet d'un examen critique suffisant; il nous donne une vision faussement évidente de la réalité, à la fois fermée et blasée. "On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter." (Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique).
       Un grand mérite de l'attitude philosophique est de rendre le monde ouvert et étonnant. Nul besoin pour cela de s'inventer de l'extraordinaire de pacotille, du pseudo surnaturel pour naïf. Il faut prendre conscience, pour reprendre Russell, "que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes". Même si l'on conçoit que tant l'action que l'équilibre psychologique ont besoin de reposer sur des certitudes, il faut admettre que tout effort de compréhension conséquent, toute recherche de vérité, imposent de se tenir à l'écart de toute certitude non soumise à critique. Il est donc nécessaire de douter, non comme un sceptique qui refuse a priori l'idée même de vérité, non comme un hésitant maladif qui craint de se déterminer à quoi que ce soit, mais comme quelqu'un de méfiant par exigence qui ne veut pas se laisser abuser, à commencer par soi-même.
       Cette notion de doute, abordée de manière plus élaborée dans le chapitre suivant, est une arme fondamentale, nécessaire à la base de tout effort de réflexion. La philosophie prétend l'utiliser pour retrouver la richesse et la complexité du monde. Pour conclure avec Russell : "Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d'une réalité possible et différente; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n'ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d'émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau."

Problème et problématisation

       On peut poser des questions de niveaux très divers quant à la difficulté d'y répondre : combien font 1+1 ? Quelle heure est-il ? Dieu existe-t-il ? Comment un être matériel peut-il être doué de conscience ? A première vue, la première est une question simple munie d'une réponse certaine, la seconde une question assez simple à laquelle il n'est pas nécessairement facile de répondre avec exactitude, la troisième une question très controversée faisant éventuellement l'objet de réponses passionnelles et contradictoires, la dernière une question dont on se dit qu'elle ne peut pas avoir de réponse satisfaisante, ce qui ne l'empêche pas d'être une question sensée.
       Mais un examen plus attentif montre qu'aucune des quatre n'est si simple et évidente qu'on aimerait parfois le croire. Un plus un sont réputés égaler deux. Mais dans certaines réactions chimiques, un volume x de quelque chose entrant en réaction avec un volume x d'autre chose ne donne pas forcément un volume terminal de 2x. Et une goutte d'eau tombant sur une autre n'en fait toujours qu'une. Et un homme et une femme dans le feu de la passion peuvent engendrer une troisième personne, par un processus au fond peu compréhensible : comment deux consciences peuvent-elles en engendrer une troisième qui n'est aucune des deux initiales?
       Donner l'heure "qu'il est" est très problématique. Car il n'est rigoureusement ce temps là que pendant un moment d'une durée nulle. Outre qu'il n'est pas possible de le dire en un tel instant, on peut se dire que ce qui a une durée nulle n'existe tout simplement pas. Évidemment, celui qui demande l'heure n'a cure de ces difficultés. Mais on voit ainsi qu'il n'y a de question simple que dans le cadre d'une approximation, généralement judicieuse dans un cadre pratique. Si l'on veut comprendre, il faut bien en passer par le questionnement.
       Philosophiquement on réserve plutôt le nom de problème aux questions qui n'ont pas de réponses, ou des réponses contestables ou paradoxales. C'est le cas de la question de l'existence d'un dieu, ou de celle de l'existence de la conscience au sein d'un être matériel. On pourrait, comme le préconise Auguste Comte, trouver qu'il est plus sage de ne pas s'embarrasser de questions pour lesquelles on a reconnu qu'il n'y avait pas de réponse certaine. Mais, à y réfléchir, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de réponse qu'il est vain de poser la question. Côté réponse, il est peut-être aussi inutile de demander si dieu existe que de poser la rituelle question : tu m'aimes ? Ca n'empêche pas les uns et les autres de penser que ce sont de bonnes questions, et qu'il n'était pas vain de les poser. Car poser la question et comprendre pourquoi il n'y a pas de réponse simple, c'est avancer dans la compréhension.
       On a tendance à opposer ceux qui savent à ceux qui ne savent pas. Depuis Socrate, on comprend que cette opposition est trop rudimentaire. Il y a les deux cas les plus simples : celui qui sait et qui sait qu'il sait (ce que comporte logiquement le fait de savoir), celui qui ne sait pas et ne sait pas pas qu'il ne sait pas (ce qui est de toutes façons notre cas à tous pour l'infinité de ce dont nous n'avons pas conscience). Mais  il existe le cas plus compliqué et sans doute le plus fréquent de celui qui possède un faux savoir, il ne sait pas mais croit savoir (et en plus, il ne se définit pas comme croyant savoir, mais s'imagine qu'il sait qu'il sait). Enfin, il y a la position revendiquée par Socrate, savoir qu'on ne sait pas. L'opposition la plus intéressante, et qui fait l'enjeu de la philosophie, est celle qui oppose celui qui croit savoir et celui qui sait qu'il ne sait pas. Si dans les rapports psychologiques ou sociaux, c'est souvent celui qui croit savoir qui occupe la position de force par rapport à celui qui sait qu'il ne sait pas, du point de vue de la recherche de la vérité, il est nécessaire de prendre d'abord conscience qu'on ne sait pas. Il est donc important de comprendre que toute question excède toujours d'une manière ou d'une autre notre savoir.
       Comprendre pourquoi on ne sait pas, c'est poser un problème, c'est problématiser. Dans une question, si l'on n'est pas trop pressé par des impératifs d'ordre pratique, il faut se méfier des réponses, spécialement de celles auxquelles l'habitude a fini par donner une allure d'évidence. Bien qu'on n'en ait pas toujours forcément le goût, il n'est jamais inutile de s'attarder sur les difficultés ordinairement escamotées. On en arrive à l'idée que la vérité est recherche, bien plus que résultat, mouvement de pensée et non repos sur une certitude. Au fond, un résultat n'est jamais qu'un arrêt de la recherche. Il peut s'avérer efficace pratiquement, selon les objectifs que l'on s'était donné, mais ne doit jamais être considéré comme le point ultime de ce qu'il y a à comprendre.
       Quoiqu'on en pense usuellement (et notamment les élèves habitués à devoir répondre à des questions), il est plus simple de répondre que de questionner, car c'est la question qui organise le champ de pensée dans lequel va s'inscrire la réponse. Il est généralement plus difficile de trouver la bonne question, que de trouver la bonne réponse, une fois la bonne question posée. Face à l'orage, les hommes commencent par se demander pourquoi le dieu des cieux est-il en colère ? C'est une très mauvaise question, car elle éloigne durablement de la compréhension du phénomène. Mais, comme le soulignera Auguste Comte à travers sa loi des trois états, il n'y a guère d'espoir qu'une première question soit judicieuse, car ce n'est qu'après une longue expérience, de nombreuses interrogations maladroites, qu'on parvient à poser des questions commençant à viser convenablement le réel. Il faut un effort volontaire pour trouver les bonnes questions et en faire des problèmes judicieux. Cette exigence est autant celle des sciences que celle de la philosophie : "Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoiqu'on en dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique." (Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique).
       Ce n'est pas qu'en philosophie, mais c'est dans toute démarche de connaissance qu'il faut d'abord trouver les questions, et qu'il est donc nécessaire de problématiser. Concernant la dissertation philosophique, celle-ci pose une question. Mais l'objectif n'est pas tant de répondre à la question au premier degré, que de comprendre à l'opposé tout ce que comporte d'incompréhension une réponse trop rapide. Il s'agit de déceler le ou les problèmes qui rendent naïve toute réponse immédiate. La problématisation consiste donc, selon une expression consacrée, à « questionner la question. »

Suggestions de lectures

Descartes, Méditations métaphysiques, livres I et II (Garnier-Flammarion)
Platon, La République, livres VI et VII (allégorie de la caverne).
Spinoza, Éthique, livre I, appendice et livre IV (Garnier-Flammarion).
Russell, Problèmes de philosophie, (petite bibliothèque Payot, pp 183-183).
Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, (Vrin, p.14).
Freud, L'avenir d'une illusion, (Payot).
Marx, L'idéologie allemande, (Éditions sociales).

Rubrique "à éviter"

* le refus définitif de remettre en cause une idée ou un fait, sous prétexte d'évidence ou de bienséance.
* exposer des opinions, fussent-elles d'apparence judicieuse, sans donner les raisons qui les justifient.

Entraînement, révision, approfondissement

Pour que ces questions soient efficaces, il ne suffit pas de les survoler en se disant "ça, je saurais y répondre", ou à l'inverse "je n'y arriverai jamais". Il faut tenter d'y répondre coûte que coûte, même pas très bien, le mieux étant devant témoin (mais si...). Car c'est très différent de faire et de croire pouvoir faire. Ca peut se jouer à charge de revanche, ou encore alternativement.

* Quelle différence y a-t-il entre une faute et une erreur ?
* Quelle différence y a-t-il entre une erreur et une illusion ?
* Pourquoi peut-on dire du doute qu'il est libérateur ?
* Est-il bon de rester dans l'incertitude ?
* Comment se forment les opinions ?
* Pourquoi faudrait-il toujours détruire l'opinion ?
* Que signifie que les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes ?
* Quelle évidence faut-il rappeler dans le rapport entre questions et réponses ?
* Pourquoi dire que tout est construit ?
* Peut-on prétendre que l'opinion a toujours tort ?
* Qu'est-ce qu'une problématisation ?
* Quelle différence y a-t-il entre une problématique et une simple question ?
* Combien y a-t-il de niveaux dans l'allégorie de la caverne de Platon ?
* Pourquoi peut-on dire que les questions sont plus importantes que les réponses ?

Pour en savoir plus

* Travaux Pratiques Intempestifs sur l'illusion
* Gérard MAJAX, Le grand bluff - les escrocs de la parapsychologie, (Nathan, 1978)
(Livre épuisé. Majax, illusionniste professionnel, a écrit plusieurs ouvrages intéressants expliquant certains tours et luttant contre les illusionnistes qui prétendent avoir des pouvoirs spéciaux.)