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Jean-François Lyotard

Jean-François Lyotard

"Le retournement chez Marx et Freud",
notes d'étudiant lors du cours du 5 novembre 1969

1°) Idéologie et vérité

2°) Fonction de vérité de la figure en psychanalyse

La vérité se tient nécessairement dans le discours, mais elle n'est pas ce que dit le discours. Car la vérité n'est pas elle-même un discours. Elle est dans le discours, non comme ce qui y est dit, mais comme ce qui y travaille. Elle est ce qui produit les "figures".

21. Discours (de connaissance) et vérité

* Le discours de connaissance est conçu pour un certain type d'occurrence. Il ne peut reconnaître que cette occurrence. Il suppose des choix stratégiques : il s'attend à quelque chose, il ne peut être intéressé que par ce qui relève de son axiomatique. Texte de référence : "La technique psychanalytique" (p. 61) : recommandations aux médecins.

* La notion "d'attention flottante". Il ressort de ce qui précède que la vérité apparaît nécessairement là où on ne l'attend pas. C'est pourquoi l'analyste doit pouvoir se laisser surprendre par un fait inattendu. La vérité ne peut arriver que comme une perturbation imprévue qui pourrait fort bien passer inaperçue. D'où la nécessité de ce paradoxe appelé "attention flottante". L'analyste doit être attentif, mais pas de cette attention qui ne sait prendre garde qu'à ce à quoi elle s'attend de par ses présupposés. C'est l'inconscient de l'analyste qui est mis en jeu dans cette sorte d'attention qui est destinée à déconstruire les systèmes de censure. D'où la nécessité impérative pour l'analyste d'avoir été analysé, pour pouvoir notamment dissoudre les "points aveugles", résidus de refoulements non liquidés. L'analyste ne doit notamment aucunement presser l'analysé, ni se proposer intentionnellement comme sujet de transfert. Texte de référence :  "La technique psychanalytique" (pp. 64 et 68-69).

22. Le renversement idéologique

Le problème soulevé par Freud est le même que celui de l'idéologie. On peut alors se demander si la thérapeutique politique de l'idéologie doit être de ce type. Comment entendre l'autre discours qui n'a cours dans l'officiel que sous forme de silence ? Comment entendre ce qui se tait ? Le renversement consiste dans cette inversion dans la relation entre l'inconscient (l'autre du discours), et le discours. Celui doit faire place à ce qui travaille en lui, les figures de l'inconscient. Exercice : étudier l'inversion ou renversement idéologique chez Marx en comparaison avec "Pulsions et destins de pulsions" chez Freud.

23.  Espace textuel et espace figural

* Espace figural. Texte de référence : "La métapsychologie" de Freud (p. 96 en collection Idées). Exemple : un tableau de Magritte. Les processus de l'inconscient sont intemporels et n'ont pas d'égard à la réalité. Il n'y a pas de point fixe, mais continuité, il n'y a pas de contradiction. Ils ont un caractère infini, car ils ne sont pas limités par le champ du concept. Leur destin n'est soumis qu'à la seule règle du plaisir et du déplaisir.

* Espace textuel. Modèle : la page de livre. C'est l'espace des processus secondaires : cartésien, sans déformations, partes extra partes (donc discontinu) et clos.

* Les deux espaces.

Espace textuel
(espace figural refoulé)

Espace figural
(espace textuel transgressé)

La construction d'un espace cohérent signifie toujours refoulement de quelque chose. Réciproquement, l'ordre du désir est ce qui détruit l'ordre du pensant (qui est rationnel, qui relève du processus secondaire).

L'opposition entre ces deux espaces n'est pas occasionnel (voir ch.6 de la Traumdeutung). Par le travail du rêve, la signification effective est occultée, mais demeure en présence latente en tant que figure.

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